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 Légende , la Masco

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Iyäna

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MessageSujet: Légende , la Masco   Mar 24 Avr - 18:31

Cela se passe vers le milieu du 19° siècle, dans une petit village de Provence.
C'est l'histoire d'une grande et belle fille d'une vingtaine d'années qui n'a jamais eu d'amoureux. Elle a la taille avantageuse, une démarche gracieuse, de magnifiques cheveux, de grands yeux noirs et de jolies dents... enfin, tout ce qui plaît chez une fille.
Cependant, aucun des jeunes gens du village ne lui a jamais compté fleurette. Chaque fois qu'un garçon, en la voyant, s'exclame : "Quelle jolie fille", un de ces amis le prévient aussitôt : "C'est une masco".
La puissance de ce mot est telle, on le comprend, que pas un téméraire n'a osé continuer à regarder cette fille avec sympathie. D'ailleurs, aucun n'a cherché à en savoir plus long à ce sujet. Ils se sont contentés de se tenir éloignés de la jeune fille sur laquelle le mot fatidique a été prononcé.

Quelques uns cependant, ont appris certaines choses... mais c'est ce qu'on raconte sans trop y croire. On prétend, en effet, que la mère de la jeune fille est devenue masco dans sa jeunesse parce que, se trouvant par suite de sa curiosité, au lit de mort d'une vieille voisine, qui était masco elle-même, elle avait eu l'imprudence de lui toucher la main. Sur le moment la chose n'avait pas été ébruitée. Elle avait pu trouver un mari sans trop de peine. Mais à peine le mariage avait-t-il été consommé que celui-ci était tombé malade et avait fini par mourir de langueur.
Dans ces conditions, il est évident que la fille est devenue masco à son tour, comme l'est sa mère. Et il est non moins certain que le téméraire qui osera la fréquenter de trop près sera voué à une mort prochaine.
Personne ne se sait si cette jeune fille est contente ou non de coiffer sainte Catherine, ni si, en séchant les figues, comme on dit, son caractère tend à devenir plus aimable. Mais chacun sait qu'une fille de vingt ans n'a qu'un rêve en ce monde : se marier. Or, masco ou non, celle dont nous parlons ne fait pas exception à la règle.

Un jour, un solide garçon du voisinage, qui est venu depuis peu travailler dans le village, est frappé par la belle apparence de cette fille. Quand un ami lui révelle qu'elle est une masco, il hausse les épaules et n'en continue pas moins à la regarder d'un oeil tendre. Ses avances sont accueillies favorablement et on parle même mariage.
La famille du garçon voit d'un assez mauvais oeil ces projets d'union, mais l'amoureux est très entêté dans sa résolution, et comme la fille et la mère font tout leur possible pour l'attirer, les arrangements sont pris et la date du mariage fixée. Et chaque soir, le jeune homme va faire sa cour à sa fiancée, sous la surveillance de la mère, bien entendu.

Les amis du jeune homme redoublent leurs avis. Ils font tant et si bien que celui-ci, qui jusqu'alors ne voulait rien entendre, se met à se poser certaines questions. Ainsi, il remarque que lorsqu'il s'attarde certains soirs dans la maison de sa bien-aimée, on le congédie avec une étrange précipitation en donnant pour raison "qu'il est près de minuit". Or, on le sait bien, c'est à minuit certains soirs, que les masco vont au sabbat. Il résout de tirer l'affaire au clair.
Il arrive donc un soir, comme d'habitude, mais prétend être très fatigué. Au cours de la conversation, il s'arrange pour avoir toutes les apparences de celui qui va s'endormir. Puis il fait vraiment semblant de dormir, et très profondément.
On est vendredi. Or, c'est le jour de la semaine où le sabbat est solennel. Aucune masco ne peut se dispenser d'y aller. Aussi, dès que la soirée est suffisamment avancée, la mère et la fille essayent de réveiller le jeune homme. Mais elles voient que la chose n'est pas possible. Il ronfle bruyamment et avec régularité. Mais cela ne l'empêche pas de regarder ce qui se passe entre ses paupières, et d'écouter tout ce qui se dit. Il constate que plus l'heure de minuit approche, plus les deux femmes manifestent de la nervosité et de l'inquiétude.
Elles tentent un dernier effort pour l'éveiller, puis discutent à voix basse. Enfin, elles semblent prendre une décision. Elles éteignent la lumière. La pièce se trouve plongée dans l'obscurité. Seuls quelques tisons qui brûlent dans l'âtre permettent au jeune homme de se rendre compte de ce qu'elles font. Il en est stupéfait.

Elles sortent d'une armoire cachée, un pot, qui est placé sur la table. Elles se dépouillent de leurs vêtements et, en un tour de main, elles sont nues. Elles prennent chacune un peu de pommade dans le pot et s'enduisent tout le corps d'une manière très méthodique. Elles commencent par se frotter les pieds, puis les mollets, puis les cuisses, le ventre, la poitrine, le dos, les bras, et enfin la tête, en prononçant à chaque fois la formule suivante : "Supro Fueillo*".
A peine ont-elles terminé ces opérations, que tout à coup elle sont transformées en chouettes, et elles s'envolent par la cheminée en poussant le cri lugubre de l'oiseau de nuit, laissant leurs vêtements sur une chaise de la pièce qui vient d'être le théâtre de cette étrange métamorphose.

Aussitôt qu'il est seul, le jeune homme se redresse. Il rallume la lampe, visite tout ce qui se trouve dans la pièce et s'assure qu'il n'a pas été le jouet d'une illusion. Mais aucun doute n'est possible : les vêtements des deux femmes sont encore tièdes de la chaleur du corps qu'ils ont recouvert, et sur la table, il y a le pot magique dont le contenu a servi pour la transformation. Ce contenu est une sorte de pommade noire et d'odeur fétide qui rappelle celle d'une substance animale brûlée.
Minuit sonne à ce moment même. Le jeune homme craint qu'il ne se passe quelque chose dans la pièce où il se tient, mais rien ne se produit. Il se dit que c'est l'heure où les masco se réunissent pour leur sabbat. Puis il a une étrange idée :
"Et si je profitais de la pommade pour aller, sous forme de chouette, voir ce que font ma fiancée et ma future belle-mère ?"
Il se déshabille rapidement, plonge ses doigts dans le pot et se frotte de la même manière que les deux femmes en prononçant ce qu'il a entendu. Mais il commet une petite erreur : Au lieu de dire "Supro Fueillo", il prononce "Souto Fueillo**".
A peine a-t-il terminé ces opérations et prononcé pour la dernière fois les paroles, qu'il se trouve tout à coup transformé en chouette. A son tour, il s'envole dans la cheminée. Mais, passant devant l'âtre, il se sent entraîné, malgrè toute sa résistance, au dessous de la branche feuillée qui y pétille, de sorte qu'il commence à s'y brûler d'une façon très désagréable.
Il attribue cette mésaventure à son inexpérience et son manque d'habitude dans son métier d'oiseau et se promet de mieux voler en dehors de la maison. Or, à peine est-il arrivé aux champs, qu'un supplice extrêment pénible commence pour lui. En effet, tant qu'il est dans un endroit où la terre est nue, il vole avec aisance, mais dès qu'il parvient aux abord d'un bosquet, ou près d'un simple arbuste, il ne peut s'empêcher de passer sous les branches, ce qui lui fouette terriblement la tête, le corps et les pattes.
Il est bientôt couvert d'écorchures et de contusions. Il sent qu'il va succomber et il croit toucher à sa dernière heure, quand le jour parait et que le coq se met à chanter. L'heure des masco est passée.
Il tombe rudement sur la terre humide et se retrouve dans sa forme naturelle. Il est donc étendu en plein champ, moulu, contusionné, déchiré, saignant de mille plaies, tout nu, et dans la plus triste situation du monde. Il se relève comme il peut et, en boitant, il regagne sa maison en toute hâte, avant qu'on puisse le voir. Une fois chez lui, il se couche, en proie à une violente fièvre, et il garde le lit pendant plusieurs jours. Et dès qu'il est guéri, il s'en va habiter un autre village, sans donner d'explication, et surtout sans aller réclamer à son ex-fiancée et à sa mère, les vêtements qu'il a laissés chez elles.


*Sur la feuille
**Sous la feuille


Conte reccueilli en Provence en 1890
Publié par J. Markale dans Le Temps des Merveilles
Légèrement réécrit par une Dame Verte

Masco : Mot provençal signifiant sorcière. Il a donné le mot mascarar=noircir, barbouiller de noir, qui est une forme primitive de masque; et aussi le fameux mascara.
En provençal, le O placé à la fin d'un mot, se prononce E.
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