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 Dansons avec le diable

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Iyäna

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MessageSujet: Dansons avec le diable   Mer 25 Avr - 15:59

Lorsque pénétra dans la cour du château le messager de la reine Yolande, Bertrand de Grasse se préparait au banquet qui allait suivre son retour de chasse, François de Villeneuve et sa femme dame Silette furent les premiers à le féliciter pour sa promotion au titre de gouverneur. Nous étions en 1417, la reine Yolande, veuve récente de Louis II comte de Provence, assurait la régence, ses quatre enfants étant tous mineurs en droit royal.
La souveraine ne pouvant visiter toutes les populations de son comté, légua ses prérogatives pour les lointaines terres de Vence et sa région à Bertrand de Grasse, seigneur de Bar. Le nouveau gouverneur possédait toutes les vertus et les défauts propres au lion porté sur son blason, plus surprenant encore, il en avait les traits physiques. Une abondante crinière rousse encadrait son visage carré, fendu d’une large bouche surmontée d’un nez épais séparant deux yeux mobiles abrités sous de broussailleux sourcils. Homme jeune et actif, passionné et autoritaire, aimant le luxe et les plaisirs de la vie, Bertrand de Grasse allait remettre en question les droits octroyés par les comtes de Provence, s’attirant les vives inimitiés de ses sujets. Droits de pacage, usage des eaux, chaque fois le gouverneur tranchera de façon arbitraire et impitoyable, provoquant les contestations des gens de Tourrettes, Vence et Saint Paul. Assuré de son pouvoir, Bertrand ira jusqu’à braver l’Eglise, mais là les choses se gâteront.

Le château de Bar, centre de décision, était devenu le rendez-vous de toute la noblesse locale. Chaque occasion y devenait prétexte à fêtes et réceptions brillantes où se distinguait le beau Bertrand, célibataire et jouisseur impénitent.
Après de plantureuses agapes où rôtissaient dans les vastes cheminées bœufs, moutons, agneaux et gibiers, copieusement arrosés par les vins liquoreux de La Gaude et Montaleigne, les convives se lançaient dans des farandoles endiablées rythmées par le tambourin et le galoubet des meilleurs ménestrels.
La brise de la nuit portait jusqu’aux chaumières d’alentour les fumets des viandes rôties et les notes stridentes, mêlés aux cris et aux rires des donzelles lutinées dans les couloirs et les chambres du château.
Au chant du coq, lorsque enfin la paix s’installait avec le jour naissant, le prieur Malerati, après une nuit d’insomnie et de prières, sonnait à toute volée un angélus vengeur, rappelant à chacun ses devoirs de chrétien.
Bertrand, lassé par la mesquinerie de l’homme d’Eglise, convoqua ce dernier et lui déclara sans ménagement : « Cesse de troubler le sommeil des justes, si tu ne veux pas encourir la bastonnade, ici le maître c’est moi ! ». L’autre maugréa des excuses et ne se le fit pas dire deux fois. Dans les jours qui suivirent, Malerati, rancunier, porta l’affaire jusqu’aux oreilles de l’évêque de Vence, Antoine Sabranti, lequel ne donna pas suite, soucieux de ménager le puissant et tyrannique gouverneur.
Nous étions en 1437, le Carême approchait. N’en ayant cure, le beau et léonin Bertrand préparait déjà une grande soirée, célébrant à la fois les fêtes de ses trois jeunes et jolies cousines, Bernadette d’Agoult, Béatrice de Trans et Isabelle de Cabris. Festoyer pour le Carême ! Pour le prieur la provocation était à son comble ! Ce soir là, l’hôte du château se surpassa, les salles et les chambres décorées de superbes tentures, chauffées par leurs nombreuses cheminées, furent parfumées abondamment aux essences rares de rose, jasmin et violette, les senteurs favorites de ses trois cousines.
Après le bal où les invités se déchaînèrent, enivrés de gaieté et de bon vin, la nuit se poursuivit en jeux galants où chacun pu s’adonner librement à la licence. Une fois de plus, témoin de ces ébats nocturnes, les habitants de Bar et leur prieur, observant pieusement le jeûne, se signèrent plus d’une fois lorsque leur parvinrent du château les rumeurs de ces débordements. Comme à l’habitude, aux premières lueurs de l’aube, tout s’apaisa et, avec le silence retrouvé, chacun put enfin s’endormir.
Hélas, parmi les hôtes du châtelain, certains frappés comme par une étrange malédiction, ne devaient plus se réveiller. L’atmosphère confinée des chambres surchauffées, lourdement chargée d’essences aromatiques, avait entraîné trois d’entre eux dans un sommeil fatal. Parmi les victimes, la douce et tendre Béatrice de Trans, son beau regard noir où brillait pour Bertrand des perspectives tantôt gaies, tendres et moqueuses, tantôt sombres, inquiètes et méfiantes, restait désormais sans vie. Fou de douleur, le malheureux seigneur de Bar s’enfuit dans les gorges du Loup, pour y invoquer la protection de Saint Arnoux. Dans ce lieu sauvage, en signe de repentir, il fit édifier une chapelle à l’entrée de la grotte où avait vécu le saint ermite.
Après cet épisode funeste, devenu un homme anéanti par le poids du chagrin et des regrets, Bertrand le taciturne, torturé à jamais par le souvenir de cette nuit de Carême, vécut solitaire, enfermé entre les murs austères et vides de son château.
Ayant renoncé à sa charge de gouverneur, fuyant les honneurs, il ne recevait aucune autre visite que celle du fidèle Malerati, devenu son confesseur.
Des circonstances toutes aussi tragiques allaient lui fournir l’occasion de racheter sa conduite passée.
En 1462, les nuages assombrissent le ciel de Provence. La reine Yolande meurt à la suite d’une terrible maladie : la peste qui bientôt apparaît dans la région de Vence. L’épidémie se répand en 1463, frappant toutes les demeures des villages du diocèse. Des villes entières sont dépeuplées. Ni Saint Lambert, ni Saint Véran, les saints locaux sollicités par les fidèles ne purent freiner l’impitoyable fléau.
Bertrand de Grasse s’exposera durant des semaines en soignant les malades et en enterrant les victimes. Sa folle témérité l’entraînera dans la mort.

Aujourd’hui, au-delà des siècles, subsiste un témoignage troublant de l’existence tumultueuse du comte de Bar. Il s’agit d’un étrange tableau anonyme sur bois, daté du XV ème siècle, intitulé «La Danse Macabre », exposé dans l’église Saint Jacques, située sur la place du village actuel de Bar-sur-Loup.
On y voit des jeunes gens dansant une ronde maudite, au son du galoubet et du tambourin, avec de petits diablotins posés sur leurs coiffes.
La mort les crible de flèches, plusieurs sont atteints. Au centre un jeune homme s’écroule, déjà un minuscule diable s’affaire sur sa poitrine, pour s’emparer de son âme. A côté, une jeune femme est touchée et tombe, là encore un diablotin attend la fin. A droite, un jeune homme couché à terre exhale son âme, représentée par un bébé, promptement saisi par un diable. Plus à droite, un second diable enfourne une autre âme dans la gueule d’un dragon, représentant l’Enfer. Au-dessus, l’Archange Saint Michel tient une balance dont l’un des plateaux porte une âme. Un troisième diable espiègle tente de faire pencher la balance vers le mal. Plus haut, serein, le Christ montre le Livre, posé sur l’autre plateau où sont inscrites les pensées et les actions.
A l’écart, dans l’angle opposé, des témoins assistent impuissants à cet affligeant spectacle. Sous le tableau, une légende, en trente trois vers monorimes provençaux, souligne d’une façon explicite la moralité de cette scène dramatique.
Cette relation, semblable à une bande dessinée, rappelle en images symboliques, le tragique destin de Bertrand de Grasse, seigneur du lieu.

Source: Contes et légendes du Pays Niçois
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Dansons avec le diable
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